Jean-Yves Mollier

  • Objet singulier et pourtant pluriel, se prêtant à la rêverie autant qu'à la réflexion, le livre est d'abord une marchandise : il se fabrique, passe des mains du vendeur à celles de l'acquéreur, il s'offre ou se troque, ou encore se vole...

    Depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, et sur tous les continents, des femmes et des hommes de passion ont permis aux auteurs de diffuser leurs idées, leurs savoirs, leurs oeuvres, et aidé les lecteurs de tous âges, lettrés ou non, à faire provision de culture et de découverte. Au fil des siècles, ces transmetteurs ont inventé un métier, puis l'ont partagé, se sont unis en corporation, ont établi puis agrandi des librairies, sans jamais cesser de renouveler leurs pratiques.

    C'est l'histoire de tous les libraires et de leurs commerces qui est ici retracée.

    Nous guidant à travers les arcanes d'une industrie culturelle majeure placée de tout temps à la croisée entre le monde des idées et celui de l'économie, Jean-Yves Mollier retrace minutieusement les méandres des chemins menant le livre vers son lecteur. Ce faisant, il rend hommage aux libraires, ces indispensables « passeurs culturels », dont il rappelle avec sympathie et conviction l'importance du rôle social - un rôle d'autant mieux perçu aujourd'hui que celui-ci est concurrencé par des algorithmes.

  • De tous temps, les censeurs cherchèrent à interdire les livres qui mettaient en danger leurs pouvoirs, leurs profits, leurs idéologies. Tout en resituant ces « interdictions de publier » dans une perspective historique, Jean-Yves Mollier explore les formes les plus actuelles de censure, directes ou indirectes - qu'elles soient inspirées par l'intégrisme religieux, par les enjeux économiques ou par le spectre du politiquement correct. Alors que nos sociétés adoptent peu à peu un nouvel ordre moral, la liberté de publier n'est-elle pas aujourd'hui en danger ?

  • Depuis la publication en 1982-1986 d'une imposante Histoire de l'édition française en quatre gros volumes, de multiples travaux ont vu le jour qui modifient singulièrement les perspectives développées voici plus de trente ans par les pionniers de cette histoire. Jean-Yves Mollier, historien du livre, de l'édition et de la lecture, en France et dans le monde, propose ici de revisiter ce chantier en insistant sur ce que signifie l'acte d'éditer. En promenant le lecteur du xiiie siècle à nos jours, en lui faisant sentir le grain du manuscrit calligraphié sur parchemin puis l'odeur de l'encre qui sort des imprimeries, il pose la question d'une survie de l'édition à l'époque de la lecture sur écran. Sans rien négliger des apports de l'histoire économique, car le livre est aussi une marchandise produite dans des conditions déterminées par l'état du marché, Jean-Yves Mollier s'intéresse à l'histoire politique comme à l'histoire religieuse, à ce ferment que constitue le livre quand il est brandi comme une arme destinée à changer le monde.
    Replaçant l'histoire littéraire à sa juste place mais sans négliger l'édition scolaire, juridique, scientifique, militante, édifiante ou de jeunesse, il situe son point de vue dans une perspective d'histoire culturelle, privilégiant les représentations des lecteurs et leur imaginaire.
    Conçu comme un livre de poche, découpé en une quinzaine de chapitres courts (vingt pages), cet essai est à la fois une synthèse qui rend compte de la diversité des recherches menées en France et à l'étranger et un essai très personnel qui résume trente ans de travaux consacrés au monde du livre. De L'Argent et les Lettres.
    Histoire du capitalisme d'édition en 1988, à Édition, presse et pouvoir en France au xxe siècle en 2008, ces deux livres ayant été traduits en plusieurs langues, Jean-Yves Mollier n'a cessé de s'interroger sur la spécificité du monde du livre et à ses acteurs. Auteur de biographies consacrées aux frères Michel et Calmann Lévy, à Louis Hachette et à Pierre Larousse, il a également publié une histoire de la censure en France aux xixe et xxe siècles qui résume son engagement au service d'une histoire problème, jamais satisfaite des demi-vérités ou des légendes qui l'encombrent.

  • L'abbé Bethléem est surtout connu pour avoir publié en 1904 un brûlot, Romans à lire et romans à proscrire, futur best-seller. Mais la force de frappe de son magazine culturel, la Revue des Lectures, qui parvint à s'imposer dans le paysage culturel de l'entre-deux guerres, l'est beaucoup moins. Ce grand intellectuel catholique, soutenu par le Saint-Siège, fut la bête noire des surréalistes qui refusaient ses oukases, et il n'hésita pas non plus à s'attaquer à Gide ou à Mauriac. Après sa mort, il inspira la loi du 16 juillet 1949 sur les publications pour la jeunesse qui tenta d'empêcher les jeunes éditeurs Pauvert, Losfeld ou Tchou, de publier Sade et les auteurs maintenus dans l'Enfer de la Bibliothèque Nationale.
    Jean-Yves Mollier raconte avec brio l'histoire de cet abbé chargé de mettre au pas les écrivains - y compris catholiques - au XXe siècle, et de les contraindre à respecter les lois relatives aux bonnes moeurs. Menacée dans ses certitudes et ses croyances à l'époque de l'Encyclopédie, l'Église souhaitait reconquérir les âmes perdues et traquer le Mal partout où il sévissait. L'abbé Bethléem s'attaqua au roman, au théâtre, à l'opéra, à la bande dessinée, à l'annonce publicitaire et enfin au maillot de bain féminin, pourtant bien loin du sulfureux bikini de l'après-Seconde Guerre mondiale. Fondé sur un important dépouillement d'archives et de journaux, cet ouvrage édifiant montre que la censure, présente encore au XXIe siècle, et refuge de tous les extrémismes, doit beaucoup à l'abbé Bethléem, et au-delà de sa forte personnalité, à l'Église catholique et à sa difficulté à laisser l'individu déterminer librement sa destinée.

    Spécialiste de l'histoire des livres et des médias, auteur de nombreux ouvrages, Jean-Yves Mollier a publié notamment Pierre Larousse et son temps (avec Pascal Ory, Larousse, 1995), Louis Hachette (1800-1864). Le fondateur d'un empire (Fayard, 1999) et Edition, presse et pouvoir en France au XXe siècle (Fayard, 2008).

  • Trop souvent étudiées séparément, la presse et l'édition sont réunies depuis la fin du xxe siècle dans des groupes de communication qui se donnent pour vocation de dominer les marchés de l'information, du divertissement et de l'éducation. en france, la librairie hachette et le groupe de la cité (aujourd'hui editis) ont longtemps symbolisé ce combat qu'on observe ailleurs sur toute l'étendue de la planète. pour la première fois, ici, l'accès à des sources considérables permet de revisiter toute l'histoire de l'édition du siècle dernier dans ses rapports avec le pouvoir politique, la banque et les autres médias. partout, en effet, les pouvoirs - étatiques, financiers, politiques ou religieux - jouent un rôle important dans l'évolution de ces entreprises.
    C'est à tenter de déchiffrer ce mouvement incessant que s'attache ce livre où jean-yves mollier revient, entre autres, sur la constitution des messageries hachette dans les années 1920, la confection des listes « otto » en 1940, l'épuration et le non-renouvellement de l'édition après-guerre, la tentative avortée de nationalisation des nmpp en 1947, et s'attarde sur les multiples transformations qu'a subies l'édition française de 1918 à 2008.

    Jean-yves mollier est historien, professeur à l'université de versailles saint-quentin-en-yvelines. il est notamment l'auteur de l'argent et les lettres. histoire du capitalisme d'édition (1880-1920) (fayard, 1988), louis hachette (1800-1864). le fondateur d'un empire (fayard, 1999), où va le livre ? (la dispute, 2000, 2002 et 2007) et le camelot et la rue. politique et démocratie au tournant des xixe et xxe siècles (fayard, 2004).

  • Introduction Joëlle Garcia 5 Les collections d'un siècle à l'autre, XIXe-XXe siècle Isabelle Olivero 11 Les collections littéraires au XIXe siècle Jean-Yves Mollier 25 La collection «Que sais-je ?» Valérie Tesnière 37 Le livre de poche avant le «poche» Jean-Yves Mollier 45 1953, la révolution du «poche» en France Aurélie Pagnier 61 Quand un format devient une forme Le moment Marabout Pascal Durand 73 Panorama des collections de poche aujourd'hui Isabelle Olivero 81 Le livre de poche jeunesse d'hier à aujourd'hui Claire Delbard 91 Le documentaire en poche Françoise Hache-Bissette 103 «10/18» et les colloques de Cerisy L'élitisme pour tous François Chaubet 113 Biographie 125 Remerciements 129

  • Les grands mouvements de concentration actuels dans le monde de l'édition marqueraient la fin d'un âge d'or: celui de l'éditeur soucieux du travail de son auteur, de la qualité des textes, de la vente lente de chefs-d'oeuvre à venir, du dialogue avec ses lecteurs.

    Le mythe a la vie dure. Jamais pourtant l'édition ne fit profession de mécénat. A embrasser, avec Jean-Yves Mollier, la période clé de 1880-1920, le lecteur découvrira que le capitalisme d'édition, alliant éditeurs, notaires et banquiers, était déjà vivace. Tout au plus avons-nous aujourd'hui changé d'échelle.
    1880-1920: en quarante ans, l'édition passe du temps des éditeurs _ Louis Hachette, Michel Lévy, les frères Garnier, Edouard Dentu _ à celui des grandes entreprises éditoriales: Hachette et Cie, Calmann-Lévy, Plon-Nourrit, Flammarion, Fayard et bientôt Gallimard et Grasset. Pour l'édition, comme pour la finance, se pose alors le problème de la rentabilité, de la mobilité et de la rotation de son capital: la librairie est devenue une affaire financière, commerciale et industrielle, à l'expansion de laquelle s'intéressent les banques. Les éditeurs _ souvent fondateurs de grandes dynasties bourgeoises _ les Panckoucke, Dalloz, Mame, Didot _ se préoccupent de tous leurs titres, ceux qui figurent à leur catalogue et ceux qui sont cotés en Bourse. Certains sauront négocier le grand tournant qui conduira du livre pour bibliophile au produit de grande consommation pour le plus large public. D'autres, une fois fortune faite, géreront leurs biens comme de bons rentiers fascinés par l'immobilier, Panama ou les courses. Face à l'éditeur _ chef d'entreprise manipulateur d'argent _ les auteurs réagissent diversement, d'Emile Zola, recourant à la publicité pour vendre le plus d'exemplaires possible, à Pierre Loti, André Gide, Marcel Proust, Henry de Montherlant, généralement peu regardants sur les conditions souvent draconiennes qui leur sont faites, à Léon Bloy enfin, fustigeant le règne du Veau d'or.

  • Personnage familier des grandes villes dans les années 1870 à 1914, le camelot est à la fois loehéritier des colporteurs des campagnes doeautrefois et loeenfant de la modernité qui transforme alors la France. La rue est son royaume, le boulevard sa chasse gardée et le trottoir la scène sur laquelle il commente loeactualité et joue chaque jour une nouvelle représentation. Crieur de journaux et vendeur de chansons satiriques, de brochures, de faire-part de décès humoristiques, colleur doeaffiches ou de placards, il est omniprésent dans loeespace public.


    Grand maître du rire par la truculence de son boniment quand loeactualité est paisible, le camelot peut exciter la foule lorsque la presse est déchaînée : principal diffuseur de la littérature contestataire, il se révèle un personnage-clé des manifestations boulangistes, du scandale de Panama et de loeaffaire Dreyfus. En ces temps doeapprentissage de la démocratie, le camelot soeimprovise agent électoral lors des grandes campagnes nationales et noehésite pas à truquer les résultats des élections quand il le peut. Recruté lui-même par quelques personnages tout-puissants, comme Napoléon Hayard, « Empereur» autoproclamé des camelots, il voit son rôle diminuer après la Première Guerre mondiale.


    Présent aujourdoehui encore sur les marchés doeAfrique et doeAmérique du Sud, parfois aussi dans nos villes, le camelot est un marginal qui accompagne la marchandisation progressive des sociétés et la politisation des masses.


    Dans ce livre où loeon entend vibrer la rue, Jean-Yves Mollier suit pas à pas ces commerçants ambulants au coeur des villes doehier et doeaujourdoehui et propose une nouvelle lecture doeun moment crucial de notre histoire politique.

  • Pendant près de 190 ans Hachette a régné sur l'édition en ne cessant d'accroître son emprise sur la chaîne du livre. Quand durant l'été 2014, Amazon lui tord le bras, une page se tourne. Grand spécialiste de l'édition, Jean-Yves Mollier raconte l'histoire secrète d'un géant aux ailes brisées.
    Quand le 13 novembre 2014, Hachette rend les armes devant Amazon sans dire les conditions du nouveau contrat qui le lie au nouveau cavalier de l'Apocalypse numérique, une page de l'édition se tourne. Un géant mondial du livre (deux milliards de chiffre d'affaires) a trouvé trente fois plus fort que lui, Amazon fort de ses 60 milliards d'euros de ventes annuelles. L'histoire de l'entreprise fondée par Louis Hachette en 1826 au coeur du Quartier Latin n'en prend que plus de relief. Souvent montrée du doigt par ses concurrents pour exercer une sorte de monopole, soupçonnée par ses nombreux adversaires de bénéficier de la mansuétude du pouvoir politique, Hachette n'aura cessé d'étendre son influence en France puis dans le monde.
    S'appuyant sur des archives irréfutables, le grand historien de l'édition Jean-Yves Mollier retrace comment, en devenant tour à tour, pionnière du livre scolaire, de la vente des livres et de la presse dans les gares, de sa distribution dans les librairies, l'entreprise qu'on surnomma « la pieuvre verte » traversa tous les régimes. Ainsi, elle travailla intensément pour trouver, avec l'assentiment de Laval, un accord avec l'occupant allemand, échappa grâce à des mensonges à la nationalisation à la Libération, rémunéra secrètement de nombreux responsables politiques pour garantir son ascension avant de connaître, dans les années 1970, quelques secousses qui en firent une proie de choix pour Jean-Luc Lagardère. En s'emparant au début des années 2000 des meilleurs morceaux de l'empire déchu Vivendi puis en rachetant de nombreuses maisons d'édition de par le monde, le groupe Hachette croyait avoir étendu sur la planète la domination qu'il exerçait si bien et depuis si longtemps sur l'Hexagone.
    Quand survinrent, surgis de nulle part, Google, Facebook, Apple et Amazon, véritables Léviathan du monde moderne... L'histoire secrète d'Hachette se lit comme le roman vrai d'un monopole géant qui ne cesse d'étendre ses ailes sur le livre avant de trouver, après 190 ans de conquête sans partage, plus fort que lui.

  • Aussi vieille que le régime d'assemblée qui la sous-tend, la corruption parlementaire a fait parler d'elle bien avant que la République ne s'impose définitivement en France en septembre 1870. Toutefois, c'est avec le développement extraordinaire de la presse écrite, entre 1880 et 1960, que l'information a trouvé les ressources qui lui manquaient pour ne plus dépendre du seul bon vouloir des régimes et des pouvoirs en place. Avec l'apparition, à la veille de la Première Guerre mondiale puis dans l'entre-deux-guerres, de journaux populaires dont le tirage dépasse un ou deux millions d'exemplaires, la diffusion de l'information passe entre les mains d'une poignée d'hommes, que caressent les politiques et qui sont en mesure de faire tomber un gouvernement ou de dicter la composition du suivant. Ce pouvoir d'influence, loin de s'estomper au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, demeure si important que la bataille pour empêcher la nationalisation des messageries de la presse, bras armé du « trust Hachette », sera considérée comme le plus important des combats à mener dans la France libérée.

    Mais alors pourquoi les forces unies sous l'autorité du général de Gaulle jusqu'en janvier 1946 puis dans le tripartisme, jusqu'en mai 1947, ne sont-elles pas parvenues à étendre au domaine de la presse leur volonté de doter le pays d'institutions qui garantiraient véritablement la liberté des citoyens ? C'est à répondre à cette question que s'emploie Jean-Yves Mollier dans ce livre novateur et fascinant dont les sources renouvellent notre connaissance de la période.

    Docteur d'Etat en histoire et docteur en littérature, spécialiste de l'édition, du livre et de la presse, Jean-Yves Mollier est professeur à l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Auteur reconnu, il a été particulièrement salué pour L'Argent et les Lettres : histoire du capitalisme d'édition, Louis Hachette (1800-1864), le fondateur d'un empire, Edition, presse et pouvoir en France au xxe siècle et Où va le livre ?

  • A la fois scandale politico-financier et terme d'une aventure extraordinaire, l'affaire de panama éclate le 20 novembre 1892. la disparition brutale d'un banquier, jacques de reinach, la fuite en angleterre d'un maître chanteur, cornélius herz, ajoutent une coloration crapuleuse à la faillite d'une grande compagnie. aussitôt on cite le nom de clemenceau et ceux de 100 à 150 parlementaires qu'on accuse d'avoir " touché " et d'être de vulgaires " chéquards ".

    La liquidation de la compagnie du canal de panama, c'est aussi la fin d'un rêve pour des centaines de milliers d'épargnants. pour comprendre les raisons de cet échec fracassant, il fallait observer les grandes sociétés de la belle epoque, engagées dans une compétition planétaire avec l'angleterre et l'allemagne. d'afrique en nouvelle-calédonie, d'amérique en asie, à la recherche de diamants ou de cuivre, de chemins de fer à construire ou de canaux à creuser, les aventuriers du temps sont des entrepreneurs. ils n'hésitent pas, à l'occasion, à fomenter une révolution au panama pour parvenir à leur fins.

    Autour de l'oeuvre de ferdinand de lesseps s'agitent les intérêts les moins purs. les lobbies de la dynamite et des fournitures militaires compromettent députés, sénateurs, ministres et présidents. jules grévy doit quitter l'elysée, son entourage répondre aux accusations de la foule. financement des partis politiques, corruption de la presse et des élus sont au coeur de ce scandale, le plus impressionnant de la iiie république.

    Jean-yves mollier, maître de conférences en histoire contemporaine à l'université paris x-nanterre, est notamment l'auteur de michel et calmann lévy ou la naissance de l'édition contemporaine (1836-1891) (calmann-lévy, 1984) et de l'argent et les lettres. histoire du capitalisme d'édition (1880-1920) (fayard, 1988).

  • L'histoire de l'édition française a beaucoup progressé depuis une dizaine d'années.
    Toutefois, il demeurait un angle mort, un point obscur, celui du passage du livre au lecteur, grâce à la médiation du libraire. L'ouvrage fait le point sur un certain nombre de domaines encore mal connus : la géographie de la librairie populaire et la librairie spécialisée, la librairie dans l'espace international, les libraires d'aujourd'hui et ceux de demain, et enfin le libraire dans la littérature.
    Sortant délibérément du cadre national, afin de mieux y revenir, et de la chronologie, le long XIXe siècle français, pour se livrer à des comparaisons dans l'espace et dans le temps, il propose de nouvelles approches sur le commerce du livre avant la Grande Guerre. Les trente-huit contributions qui composent ce volume montrent la diversité de la librairie française au siècle dernier, sa difficulté à s'imposer dans un espace encore mal unifié.
    Les débats actuels sur la " vraie " ou les " fausses " librairies y trouvent un éclairage précieux. De même, le type du libraire apparaît étonnamment contrasté, protéiforme, variant d'une région à une autre, d'une époque à la suivante. Les polémiques à propos du prix du livre, l'envoi d'office, le retour des invendus ou l'organisation d'une profession rétive à l'encadrement débutent à cette époque et sont toujours d'actualité.
    Alors que le livre paraît menacé dans son existence à l'heure des Autoroutes de l'information, le détour par l'histoire permet de retrouver les protagonistes dans lesquels l'imprimé n'aurait que peu de chances de rencontrer ses lecteurs.

  • Rien ne prédestinait louis hachette à fonder un empire. entré en 1819 à l'ecole normale, il doit quitter l'enseignement quand la restauration ferme les portes de l'ecole. après avoir songé à une carrière d'avocat, il reprend un fonds de librairie classique. dès lors, il commence à tisser méthodiquement une toile d'araignée qui va lui permettre de dominer le monde de l'imprimé scolaire et universitaire. au milieu du siècle, il s'attelle à une tâche complémentaire : offrir à la jeunesse puis aux adultes des livres de "récréation" et de "vulgarisation". ainsi naissent la bibliothèque des chemins de fer, la bibliothèque rose, les guides joanne. pour parvenir à ses fins, l'éditeur s'est emparé des rênes de la distribution grâce au réseau de kiosques installés dans les grandes gares, ancêtres des "relais h". outre ces réussites, il lance plusieurs magazines, dont le tour du monde, ainsi que de nombreux dictionnaires et encyclopédies, en particulier le prestigieux littré. en quelques décennies, il devient le patron de la plus grosse entreprise du livre en europe.

    Intellectuel amoureux des belles-lettres mais en prise avec son époque, capitaine d'industrie et innovateur permanent, louis hachette n'a pas laissé indifférents les écrivains qu'il publia et qui, pour certains, lui reprochèrent d'avoir "industrialisé la pensée". nul doute, en effet, qu'il bouleversa le métier d'éditeur et qu'il réalisa son ambition : exercer une influence sur ses contemporains et continuer à enseigner en diffusant le livre à grande échelle.

    Jean-yves mollier est professeur d'histoire contemporaine et directeur du centre d'histoire culturelle des sociétés contemporaines à l'université de versailles saint-quentin-en-yvelines. il est l'auteur, entre autres, de l'argent et les lettres (fayard, 1988) et de michel et calmann lévy (calmann-lévy, 1984).

  • La collection est dirigée par Lucien Bély, professeur d'histoire moderne à l'Université de Paris IV - Sorbonne, Claude Gauvard, professeur d'histoire du Moyen Age à l'Université de Paris I - Sorbonne, Jean-François Sirinelli, professeur d'histoire contemporaine à l'Institut d'études politiques de Paris. Les ouvrages publiés veulent montrer que l'Histoire n'existe pas sans les questions posées par les historiens et les lecteurs.

  • En 1841, Michel Lévy a vingt ans. Ce fils de modestes colporteurs juifs venus de Lorraine à Paris, élevé à l'école de la rue, a quitté le conservatoire d'art dramatique pour l'apprentissage du métier de libraire dans le cabinet de lecture ouvert par son père. A la faveur de la révolution de 48, il va bâtir une des plus grosses entreprises de librairie françaises. En 1856, un véritable coup de génie fait de lui l'initiateur de l'édition moderne : il casse les prix du livre et oblige ses concurrents à s'aligner, favorisant le développement de la lecture dans tout le pays.
    Il sera l'éditeur de Mérimée, Baudelaire, Vigny, George Sand, Lamartine, Labiche, Victor Hugo, Flaubert, Balzac, Stendhal, Nerval, des deux Dumas, de Renan et de centaines d'écrivains. A sa mort, en 1875, c'est son frère, Calmann, qui lui succède et assure à la maison de la rue Auber la première place en Europe parmi les éditeurs littéraires. Loti, France viennent ajouter au rayonnement international de Calmann Lévy.
    La vie des frères Lévy, intimement mêlée aux mouvements politiques, économiques et artistiques du xixe siècle, est tout à la fois une destinée hors pair et l'éblouissante traversée intellectuelle d'une époque. Jean-Yves Mollier, utilisant maints documents inédits, la restitue ici avec une précision extrême qui, alliée à la passion du chercheur pour son sujet, fait de ce livre une exceptionnelle aventure de l'esprit.
    Né en 1947 à Roanne, Jean-Yves Mollier est docteur en littérature. Il est actuellement professeur de Lettres et prépare une thèse d'Etat en histoire sur le jacobinisme au xixe siècle. Il a présenté et annoté Dans les bagnes de Napoléon III. Mémoires de C.F. Gambon (P.U.F 1983).

  • La Restauration ne retient guère aujourd'hui l'attention des spécialistes, malgré la publication de quelques ouvrages importants. Considérée par les uns comme un temps de maturation forcée entre deux grands régimes, par les autres, à l'inverse, comme un moment qui s'inscrit dans la continuité de la Révolution et de l'Empire, cette période est généralement jugée sans saveur particulière quand elle n'est pas vilipendée au nom d'un progrès dont elle n'aurait pas voulu comprendre l'avancée inéluctable.Sur le sujet, historiens, littéraires et historiens de l'art réunis pour ce volume proposent chacun selon sa discipline et à sa manière, une question, une observation, un point de vue. Les traces de la Révolution et la place des vétérans de l'Empire dans la société nouvelle, la politique artistique et le poids de l'influence anglaise, le rôle des Doctrinaires et la place de l'Eglise, la caricature et les salons, le style singulier de la littérature de l'époque sont quelques-uns des sujets qui retiennent l'attention.Par touches successives, les intervenants donnent ainsi un portrait de la Restauration à la fois précis et diversifié. Penser la Restauration, c'est aussi travailler les détails afin de donner un juste aperçu du dessein d'ensemble.


  • le monde du livre change à vitesse accélérée depuis vingt ans.
    la concentration, la financiarisation n'ont jamais été aussi présentes dans l'édition qu'aujourd'hui. fragilisant les positions des différents acteurs. l'importance acquise par la grande distribution dans le commerce du livre menace, elle, la librairie indépendante. toutefois, à l'autre bout de la chaîne, du côté des lecteurs, des résistances se font jour, signe d'un dynamisme accru de l'édition jeunesse et de l'édition en région.
    de même, le livre de poche, la traduction attestent une soif de savoir et de divertissement jamais assouvie. les auteurs rassemblés autour de jean-yves mollier - cécile boulaire, alban cerisier, roger chartier, antoine compagnon, christine détrez, philippe lane, bertrand legendre, isabelle olivero, christophe pavlidès, gisèle sapiro, ahmed silem et yves surel - s'attachent à présenter l'enjeu livre dans ses dimensions les plus saillantes.
    economie, société, culture, commerce en ligne, numérisation, écran plat, évolution du statut de l'auteur et du lecteur, tout est passé au crible de la réflexion. cette troisième édition, entièrement refondue et mise à jour après les bouleversements qu'a connus l'univers de l'édition en 2002 2004, a également été augmentée pour tenir compte des enjeux les plus décisifs de notre époque. lucide, mais non catastrophiste, sans concession aux pouvoirs, quels qu'ils soient, optimiste quant à l'avenir du livre, cette nouvelle version demeure un appel à la vigilance et aux choix du citoyen.


  • Observé d'abord dans le contexte de la montée des totalitarismes, le phénomène de la culture de masse a été lié par la suite aux critiques de la société de consommation et à l'avènement de nouveaux médias, la télévision d'abord, Internet ensuite. Aujourd'hui, la massification et la mondialisation des productions culturelles, qu'il s'agisse de les déplorer ou de s'en féliciter, occupent pleinement le débat public. Champ d'investigation des sociologues et des spécialistes de la communication à l'origine, les domaines de la culture de masse et de la culture médiatique constituent désormais l'un des chantiers particulièrement dynamiques de l'histoire culturelle. Autour de ce thème, ce livre propose diverses contributions qui convergent sur trois approches complémentaires : la réinscription du phénomène dans une perspective diachronique large en examinant les transformations du monde de l'imprimé dès la seconde moitié du XIXe siècle ; le choix d'une dimension comparative qui tienne compte des transferts culturels mais aussi des modes d'appropriation différenciés d'un espace national à l'autre ; l'examen enfin de l'hétérogénéité des supports et des mécanismes d'influences réciproques d'un médium à l'autre. On trouvera réunie ici une première synthèse, internationale et interdisciplinaire, qui souhaite ouvrir des pistes pour comprendre, sans a priori, les tensions contradictoires liées à la globalisation des biens culturels.

  • Conçu dans le double objectif de rendre compte des avancées et des productions d'une discipline jeune, l'histoire culturelle, et raconter, de façon neuve, l'histoire de France, de 1848 à nos jours, ce dictionnaire réunit environ 150 auteurs représentatifs de la recherche la plus innovante. Fruit du travail concerté de deux équipes réputées, le Centre d'histoire de Sciences Po et le Centre d'histoire culturelle des sociétés contemporaines de l'Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, il constitue une nouveauté complète puisqu'il n'existait pas, à ce jour, d'histoire culturelle de la France.

  • La IIIe République a duré soixante-dix ans. Cette longévité exceptionnelle par rapport aux deux précédentes rompt avec la fatalité qui vouait jusque-là le régime républicain à succomber aux attaques des ennemis de la liberté. Elle permet aussi de l'enraciner dans la nation. L'école primaire, en particulier, contribue à diffuser l'amour de la République identifié à celui de la Patrie.

    Certes, l'attachement aux institutions n'est pas unanime. La nécessité de les défendre entretient le débat démocratique et lui donne une vigueur aujourd'hui oubliée. Cependant, enfantée dans une défaite, cette république, trop coûteusement victorieuse en 1918, s'effondre dans une autre.

    De 1870 à 1940, on passe de la lampe à pétrole à l'électricité, du cheval à l'auto, de l'art nouveau à l'art-déco, de Monet à Picasso, de Verlaine à Breton, de Zola à Aragon, de Bizet à Ravel. Le cinéma naît, apprend à parler, grandit. Grâce à lui, on peut voir et entendre certains des personnages qui ont façonné notre modernité.

    C'est à une remontée aux sources que les auteurs nous invitent. Les grands-parents d'aujourd'hui sont nés sous la IIIe République. Ce livre a pour ambition de faire découvrir à leurs petits-enfants quelle fut leur jeunesse, ce jasmin du temps, selon Apollinaire.

    Jocelyne George, docteur d'Etat, est professeur en classes préparatoires au lycée Jules-Ferry à Paris.
    Jean-Yves Mollier est professeur d'histoire contemporaine à l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.

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