• La modernité n'est pas entrée à la maison, en dehors de quelques ampoules électriques. Pas de radio. Une seule pièce chauffée, la cuisine ; dans les chambres, le gel de l'hiver transforme en éphémères motifs de givre la buée couvrant les vitres. Les aliments fragiles sont conservés dans un simple garde-manger grillagé pour les protéger des insectes et des souris. Mais, bien que placés dans la cave, ils deviennent rances ou se couvrent de moisissures au bout de trois jours. » André Ligné présente ainsi le cadre de vie d'un petit Sarthois en 1944. Mélange de réalité et de fiction, le récit s'attache à rappeler, par petites touches, l'évolution de ce gamin de l'âge de 8 à 16 ans, et à recréer l'atmosphère de cette époque. Les derniers mois de la guerre, la discipline familiale, l'école primaire et le cours complémentaire, les perspectives d'avenir constituent la trame de ce récit. Il en ressort une enfance à l'opposé de celles ordinairement décrites, faites de bonheur et d'insouciance.

  • Chacun connaît le rôle déterminant des accords Matignon signés en juin 1936 sous le Front Populaire. En réduisant le travail hebdomadaire à quarante heures et en concédant deux semaines de congés payés, ils amélioraient beaucoup le sort des ouvriers. Les loisirs connurent alors un prodigieux essor. Dans ce contexte, en Sarthe comme ailleurs, les besoins évoluèrent rapidement. Chaque village voulut bientôt son équipe de football, chaque commune fit construire une salle des fêtes. Les Sarthois pouvant se déplacer plus facilement, les divertissements s'orientèrent différemment : peu à peu, les fêtes traditionnelles, telles les veillées et les assemblées, disparurent ; les festivals et les vide-greniers remplacèrent les corsos fleuris... A partir d'une superbe sélection de cartes postales et de photographies anciennes, l'historien André Ligné présente le vaste champ de distractions en vogue dans la Sarthe durant la première moitié du XXe siècle.

  • Au cours du XIXe siècle, Le Mans connaît un essor économique sans précédent et se lance dans de grands travaux. L'avenue Thiers, devenue du Général Leclerc, relie dès lors le centre-ville à la gare, située en pleine campagne. Un tunnel est percé pour rejoindre la place des Jacobins sans avoir à contourner la butte du Vieux Mans. Des voies de circulations ont aménagées le long de la Sarthe. Près d'un siècle plus tard, le centre-ville est à nouveau transformé grâce à la réalisation d'une « percée centrale » bouleversant de fond en comble le coeur de la cité. A côté de ces travaux d'envergure, d'autres lieux de la ville connaissent des changements plus modestes. Des ateliers, des industries ou bien encore des casernes s'éloignent du centre-ville ou disparaissent. En mettant en parallèle des photographies d'hier et d'aujourd'hui, André Ligné, historien, s'intéresse à l'évolution du paysage urbain manceau au cours des cent cinquante dernières années. Cette passionnante rétrospective retrace les mutations de nombreux quartiers, l'évolution des modes architecturales, sans oublier la modification de l'art de vivre des Manceaux.

  • « Je livre mes souvenirs tels qu'ils sont, sans prétention littéraire. J'espère simplement mieux faire connaître quelque chose d'ignoble pour que ceux qui seraient démangés d'en avoir de pareils en soient complètement guéris à l'avance. [.] Pendant toute la campagne, j'ai été péniblement surpris de découvrir la méchanceté humaine que j'ignorais. Il y avait la guerre, je dirais normale et, pour nous, la petite guerre interne, hideuse, plus répugnante que celle des boches. [.] C'est un révolutionnaire, disait le capitaine-marquis. Oui, c'est vrai ! Je me suis révolté dès le début de voir faire tuer des hommes pour rien. [.] Je me révoltais et je me révolterai jusqu'à ma mort pour mes nombreux camarades qui sont morts pour rien alors qu'ils n'avaient pas marchandé leur peau pour sauver la patrie ! » Ainsi parle avec humilité le sergent René Prud'homme qui nous livre, dans ses souvenirs de Poilu, une vision de la guerre où le sensible le dispute à la cruauté de certains faits quotidiens. Son journal offre d'autant plus d'intérêt que, dessinateur de talent, il l'a illustré d'une très belle série d'aquarelles et de dessins à la plume. En outre, André Ligné, en présentant et en annotant ce récit, a habilement choisi de le confronter avec la sécheresse des comptes rendus du Journal des marches et des opérations de son régiment, le 124e RI, qui a combattu en plein coeur de la boucherie : Virton, Andechy, Verdun. Enfin, ces éléments sont complétés par des photographies prises sur le front par un autre combattant, Maurice Normand, affecté au 117e RI, régiment qui a combattu aux côtés du 124e RI.

  • "Aux Bruyères, aujourd hui, on peine à imaginer qu hier vivait là une cité misérable que les gens de la ville appelaient avec dédain la cité des Gamelles. - Cité des Gamelles ! Eh oui ! - Ses habitants eux-mêmes en avaient revendiqué le qualificatif qu ils proclammaient fièrement un peu comme on brandit un étendanrd. C était dans les années 1950-1960 à 1970. Depuis, les taudis ont disparu. La pleine, un terrain vague, véritable forum du prolétariat où l on échangeait des idées, des mots et parfois des coups, est maintenant occupée par des sages pavillons. Alors, ne reste-t-il rien de ces années bouillonnantes ?"

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