• Nicolas avait un nouveau blouson en daim, il s'était coiffé les cheveux en arrière et il n'était pas tout seul.
    Avec lui, il y avait une fille qu'on n'avait jamais vue et qui nous regardait. nicolas souriait comme s'il avait eu le prix d'excellence ou s'il avait marqué un but au football. il s'est avancé en bombant le torse comme un acteur de cinéma et il a dit : - je vous présente caria, c'est ma cousine. elle était belle, carla. elle avait de longs cheveux noirs et des grands yeux verts et elle baissait les paupières.
    Elle avait une robe violette, un petit sac en cuir comme une dame et un béret en coton beige sur la tête. elle nous a fait un joli sourire et elle nous a dit qu'elle était italienne et qu'elle ne parlait très bien le français. nous, on s'est tous proposés pour tout lui expliquer.

  • C'est vrai que Nicolas fait souvent des crocs-en-jambe à Dominique. Que Ségolène tire les couettes de Martine. Que Jack fait son intéressant, et que Laurent méprise tout le monde parce que c'est lui le mieux habillé. Jean-Marie dit toujours des gros mots et Jean-Louis n'est jamais bien peigné. Quelques fois, j'ai l'impression que Xavier n'aime pas beaucoup Brice, parce qu'il veut toujours s'asseoir à côté de Nicolas à sa place. Ce qui est bizarre, c'est qu'Alain n'a pas d'ami dans la classe, alors qu'il connaît par coeur ses leçons. Quand Michelle prend la parole dans la cour de récré, on a l'impression que c'est elle la maîtresse, et qu'elle va nous donner une punition. Rama et Rachida, elles font un peu leurs pestes pour savoir qui est la plus belle, et c'est dommage, parce que quand elles sourient, on a envie de les prendre dans ses bras pour les protéger. C'est vrai que l'on fait souvent les mariolles, que l'on ne sait pas toujours nos récitations, et comme dit la maîtresse, c'est fatigant de nous supporter. Mais moi je crois qu'on s'ennuierait un peu si on ne retrouvait pas le Potage, Monsieur le directeur et tout le petit monde de Nicolas pour la rentrée.

  • Ils ont grandi depuis le temps des culottes courtes ; pour ne pas grossir, ils ne mangent plus de Chocos BN, non plus que de gaufres au sucre glace ou de caramels mous.
    Ils ne font plus équipe avec personne, ils n'ont plus le temps de s'amuser dans la cour, ils ne se déguisent plus qu'en députés, en ministres, en candidats. Pourtant, ils attendent leur carnet comme avant. Ils vivent dans l'angoisse de la mauvaise note : un A de moins, et ils sont prêts à tricher parfois pour rester une année encore dans leur classe. Comme autrefois avec des talkies-walkies de fortune, ils s'espionnent, se tendent des embuscades, se font des crocs-en-jambe.
    Nous leur avons rendu leur innocence le temps d'un pastiche, pour qu'ils s'ébattent comme des petits personnages de Sempé, comme des gamins de Goscinny.
    Treize chapitres avant que la maîtresse ne sonne la fin de la récréation...

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